CALLIOPE
Projet artistique
Code
2026
J’entre encore une fois dans cette prison de béton. La muse de la poé-
sie, Calliope, est là, enfermée. Elle me demande, comme elle l’a fait des
maintes et maintes fois, quelle est ma requête.
« Je veux faire un poème sur mon amour pour l’océan. »
Fatiguée des demandes incessantes du monde, elle me demande pourquoi j’ai
besoin d’elle.
« Je ne sais pas faire de poésie. »
Peu surprise par cette réponse, elle s’interroge sur la provenance de ma
requête.
Une question surgit, ce poème, une fois écrit, sera-t-il vraiment le mien ?
« Mais oui, c’est le mien ! C’est moi qui ai eu l’idée ! »
La muse a faim, elle me demande si elle peut prendre un peu de forces avant
de réfléchir.
« Oui, vas-y. »
La muse a soif, elle me demande si elle peut boire avant de réfléchir.
« Oui, bois ! »
La muse, une fois rassasiée, prend un air moqueur, comme pour montrer sa
supériorité. Elle veut savoir pourquoi je choisis de réduire mon poème à
une simple demande.
« J’ai choisi de venir jusqu’ici ! J’ai déjà fait un effort ! Je ne
souhaite pas écrire tout ça à la main ! Et je ne souhaite pas non plus
réfléchir à toutes ces rimes et ces choses compliquées de la poésie ! »
La muse rit à pleine voix. Elle sait. Elle sait que sans elle, ce projet
n’aura pas d’existence. Alors, comme ultime question, elle me demande :
que se passera-t-il si elle refuse de répondre ?
Lassé de toutes ces questions et impatient d’avoir enfin mon poème, je lui
dis :
« Sans toi, le poème ne se fera pas ! J’ai besoin de toi ! Aide-moi,
s’il te plaît. »
Le verdict tombe. La muse recule dans les ténèbres de sa prison. Un sou-
rire au coin des lèvres, elle répète sans cesse les choix et les réponses
que je lui ai donnés.